Ange

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mars 2022Reportage Son

50 années de scène

Ange a marqué l’univers de la création musicale en élargissant son horizon. Avec six disques d’or, plus de six millions d’albums vendus et une vie de concerts quasiment ininterrompue, le groupe a toujours choisi de suivre son propre chemin, se moquant des modes et tendances. Fondé par Christian Décamps et Jean-Michel Brézovar, Ange a connu de multiples évolutions et fête ses 50 années d’existence avec une tournée qui nous a accueillis sur la date du Cèdre, à Chenôve (21).

Bien des musiciens se sont succédé au fil des ans dans la troupe, toujours sous la houlette de Christian Décamps. Musicien et chanteur emblématique, Christian est depuis 1999 accompagné de son fils Tristan au clavier et au chant, de Hassan Hajdi aux guitares, de Thierry Sidhoum à la basse et de Benoît Cazzulini à la batterie.
Côté technique, l’actuelle tournée accueille dans ses rangs Jean-Philippe Koch pour le mixage de la face et Geoffrey Duthilleul pour les retours.
Nous retrouvons l’équipe au Cèdre, centre culturel de Chenôve, en Côte d’Or, dont l’élégante salle de spectacle compte 1 100 places. Nous avons le privilège de pouvoir échanger non seulement avec les techniciens, mais aussi avec les artistes. L’occasion de parler son en champ-contrechamp, les besoins des uns, les solutions des autres.

De gauche à droite : Ben Cazzulini, Jean-Christophe Boilot, Christian et Tristan Décamps, Martial Bourgon, Mira Cetii, Jean-Philippe Koch, Thierry Sidhoum, Gaël Souvay, Hassan Hajdi et Geoffrey Duthilleul.

Des nouveaux dans l’équipe

Ingénieur du son d’expérience, Jean-Philippe a longtemps travaillé à l’étranger, avant de revenir se fixer en France en 2008. Il a la responsabilité de la régie technique du prestataire strasbourgeois Produc’Son, dirigé par Pascal Riehl. Sur une date du programme « Décamps Père et Fils » qu’il accueille et mixe, il rencontre Tristan, qui lui propose de mixer les dates solo qu’il donne dans des basiliques. Lorsque la production de Ange choisit de faire évoluer l’équipe, Jean-Philippe se voit proposer le mixage de façade. Il inaugure son rôle par une date au Trianon de Paris en février 2020, qui réunit de multiples musiciens ayant participé à la vie du groupe au fil du temps.
Désormais aux retours, Geoffrey est bassiste de formation. Alors qu’on lui répète que musicien n’est pas un métier, il entame en 2007 un cursus de BTS Métiers de l’audiovisuel en alternance, avec L’Autre Canal, SMAC nancéenne qui venait d’ouvrir. Rapidement dans le grand bain, Geoffrey se voit confier des rôles techniques en plateau, retours et façade. BTS en poche, il acquiert en cinq mois son statut d’intermittent et n’a plus arrêté depuis, en accueil comme en tournée. Et il continue aussi d’œuvrer en tant que musicien au sein de The Yokel. Il sait que parler le même langage que les musiciens est sans doute la meilleure façon de répondre à leurs attentes.

SONO : Comment peut-on caractériser le son de Ange ?

Tristan Décamps : Depuis les années 1970, la période durant laquelle le groupe a trouvé son identité, Ange a toujours eu une approche très nuancée du son, très loin des choix assez monolithiques que peuvent faire d’autres artistes pour leur mixage, avec beaucoup de compression. Que l’on appelle cela du rock progressif, psychédélique ou toute autre dénomination apparue avec des groupes tels que Genesis ou Pink Floyd, et qui ne veulent pas dire grand-chose, la caractéristique reste une approche quasi symphonique de l’orchestration, avec une dynamique allant du pianissimo au fortissimo. Cette démarche est issue de plusieurs singularités. D’une part, la sensibilité artistique des musiciens de l’époque, dont la culture musicale était très liée aux instruments acoustiques, qui permettent des nuances infinies. Mais il faut aussi considérer le fait que dans les premiers temps, chaque artiste sur scène réalisait son propre son, y compris les claviers, qui étaient branchés sur les fameux amplis à lampes Hiwatt. Comme dans un orchestre acoustique, chaque musicien de Ange émettait un son individuel et le groupe produisait un son de scène en tant que tel. Cela a une grosse influence sur le jeu des musiciens, qui doivent être capables de s’écouter les uns les autres et de se faire de la place. Les nuances sont tout à la fois une touche artistique et une nécessité perceptive.

SONO : Aux amplis individuels pour les instruments se sont ensuite ajoutés les wedges.

Hassan Hajdi : Comme Thierry et Benoît, je joue dans le groupe depuis plus de 20 ans. À l’époque, chaque musicien avait en effet un ampli. Ça jouait très fort. Pendant une période, Ange comptait même quatre artistes vocaux sur scène, dont une chanteuse. Dans les wedges, c’était la course au niveau. Je me souviens que certains retours tapaient à plus de 110 dB dans l’axe !

À l’époque, je me cachais dans les coins de la scène pour éviter de me retrouver dans le champ des wedges des chanteurs. Un accord de guitare acoustique sonnait dans ces retours comme un riff de Motörhead !

SONO : Aujourd’hui, les amplis ont disparu de la scène.

Jean-Philippe Koch : Pour de multiples raisons techniques, logistiques et de coût, le choix a été fait il y a quelques années de supprimer les amplis sur scène. Les guitares électriques de Hassan alimentent une unité Kemper, un émulateur qui permet de reproduire le son de différents amplis et pédales d’effets. La basse de Thierry est en double sortie, une directe vers les consoles, et la seconde qui alimente un Bass Fly Rig de Tech 21.
Les claviers sont principalement des modèles d’époque, reliés à des émulateurs. Celui de Christian voyage avec lui depuis bien longtemps et sonne d’enfer, il n’en changerait à aucun prix. Tristan utilise un Kurzweil 2600 relié à un E-MU E5000 Ultra que nous transportons avec grand soin. Nous en avons un autre dans le camion en cas de panne ! Le Nord Stage 3 n’est utilisé qu’en appoint, pour obtenir des sons très classiques, d’orgues ou de nappes par exemple.

Un article d'

Eric Moutot

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