Comédie Française

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mai 2022Reportage Son

Le Bolero sur scène et en coulisses

Fondée en 1680, la Comédie-Française est le seul théâtre en France à disposer de sa propre troupe, comptant environ 65 comédiens, et qui sont amenés à jouer, dans les trois salles de l’institution, jusqu’à trois spectacles différents le même jour. Une équipe de 120 techniciens permanents est présente sur le site pour assurer les interventions nécessaires au bon déroulement des spectacles. Et un point commun relie tout ce petit monde, l’intercom.

Chaque journée est réglée comme du papier à musique, suivant le principe de l’alternance cher à l’Académie-Française. Elle commence à 8 h par le démontage du décor du spectacle de la veille puis continue avec le montage du décor pour la répétition ou le spectacle à venir à 14 h.

À l’issue de cette première séance, nouveau démontage du décor avant le montage du décor suivant pour le spectacle du soir. La Comédie-Française est ouverte à ce rythme sept jours sur sept, onze mois par an.

Au sein de cette ruche, le système d’intercom constitue une pierre angulaire. Il a fait récemment l’objet d’un renouvèlement complet, et nous avons souhaité rencontrer sur place Patrick Moch et Nicolas Faguet pour décrire la solution adoptée.

Après neuf années en tant que régisseur général, Patrick Moch assume depuis trois ans le rôle de directeur technique adjoint de la Comédie-Française, tout en ayant gardé le rôle de chef de service du son et de la régie générale. Il contribue à la concrétisation de chaque projet en prenant en compte des préoccupations comme la transition écologique ou encore l’implication globale des équipes. Il réalise aussi un gros effort d’intégration des nouvelles technologies en son, lumière, vidéo et machinerie.

Nicolas Faguet a quant à lui intégré la Comédie-Française en 2003 en tant que régisseur son, avec comme rôle principal la diffusion des bandes son des pièces. Puis vint l’utilisation des HF et de la vidéo, un univers rattaché au département son, et que les équipes se sont approprié au fil du temps. Il n’aime rien plus que faire progresser les propositions techniques pour augmenter la pertinence des réponses aux demandes artistiques d’aujourd’hui.

SONO Mag : Avant de parler intercom, peut-on faire un état des lieux de l’utilisation de la sonorisation dans l’univers du théâtre ?

Nicolas Faguet : La Comédie-Française est une maison de traditions, mais l’approche du son a beaucoup évolué ces deux dernières deux décennies. Jusque dans les années 1940, un orchestre jouait en direct les musiques et effets des pièces. Puis les systèmes de sonorisation sont apparus avec comme rôle de remplacer les orchestres en diffusant des bandes son. Dans le début des années 2000, à l’époque ils étaient très peu nombreux, des metteurs en scène innovants comme Bob Wilson ont souhaité sonoriser leurs comédiens. Durant les années 2010, on a vu de plus en plus de recours à l’amplification, la démarche allant de pair avec des bandes son souvent très chargées et une importance croissante de la vidéo dans les mises en scène.

Aujourd’hui, la majorité des comédiens sont sonorisés, avec des micros miniatures en tour de tête. Suivant les metteurs en scène, la démarche est plus ou moins assumée, mais cela permet d’étendre le registre vocal des artistes. Avec la vidéo, les comédiens sont souvent filmés en gros plan, et la captation du son qui va avec permet une approche très cinématographique.

Patrick Moch : Et puis, notre public vieillit. Lorsque les spectacles ne sont pas sonorisés, notre administrateur Éric Ruf reçoit du courrier de spectateurs se plaignant de n’avoir pas bien entendu les comédiens.

Nous devons prendre en considération ces remarques, et nous avons dans ce but changé notre système de diffusion en 2019. L’ancienne solution disposait de DSP embarqués qui induisaient une latence incompatible avec les micros HF. Nous en avons aussi profité pour passer d’une solution stéréo à un principe LCR, avec cluster central.

La salle est équipée d’un système LCR. Le cluster central a été ajouté récemment.

Sonomag : Au delà de la diffusion frontale en L-Acoustics, la salle est équipée de divers autres systèmes qui présentent un panorama de marques. On y retrouve du Nexo, du Meyer Sound, du K-Array et de l’Adamson. Cette diversité de signatures sonores ne pose-t-elle pas de problème à l’exploitation ?

N. F. : Ce panachage de marques est la conséquence de plusieurs facteurs.
Tout d’abord, l’aspect historique. Comme pour le reste de l’équipement du théâtre, le renouvellement du matériel de sonorisation se fait de façon échelonnée. Un budget est alloué chaque année qui permet de mettre à jour une partie de l’installation. De fait, des matériels de plusieurs générations cohabitent pendant un certain temps sur le site.
Pour autant, il faut bien réaliser la spécificité des systèmes de diffusion installés dans un théâtre pour s’apercevoir que cette diversité de marque n’est absolument pas un handicap. Chaque système de diffusion est en effet la plupart du temps dédié à un contenu sonore qui lui est propre, la seule chose importante et d’avoir une solution de diffusion qui réponde aux besoins spécifiques liés à ce contenu sonore dédié.

Le système frontal L-Acoustics constitue l’élément principal. Il a fait l’objet d’un calage spécifique et très contraint par l’architecture du lieu. Nous n’avons par exemple pas pu installer les Syva low en complément des Syva précisément suivant les préconisations du fabricant. Il nous a fallu opter pour des compromis lié à nos contraintes d’implantation.
Le système implanté dans les cintres est par exemple utilisé en champ indirect, ce qui rend inutile un calage temporel précis. Nous y diffusons souvent des effets et le grave est assez sollicité. Nous avons pu acquérir deux X12 L-Acoustics et les avons jumelées avec les subs Adamson 215P dont nous disposions.

Nous retrouvons des X12 sur le plateau, avec une signature sonore comparable à celle du système des cintres, situé géographiquement dans la même zone. Sur un récent spectacle, nous avons par exemple fait le choix de considérer les X12 du fond du plateau comme le repère temporel global de la diffusion. Nous avons retardé le système principal et les autres enceintes pour les synchroniser avec ce repère.

Même si on peut raisonnablement considérer que des enceintes coaxiales comme les X12 ne sont pas optimisées pour être jumelées avec un système à base de Syva, on retrouve dans ces deux gammes la même pâte sonore, la couleur du fabricant.
Le plan draperies a été choisi en K-Array car la priorité était le faible encombrement de ces enceintes. Elles sont implantées dans des espaces qui sont très sollicités par les angles des décors, qui viennent souvent fermer le cadre de scène. Ces enceintes sont destinées à diffuser des effets qui doivent la plupart du temps être perçus comme hors du cadre de scène, comme l’aboiement d’un chien par exemple. La signature sonore de ce système n’a pas non plus l’impératif de se fondre dans celle des autres.

En fond de salle, on retrouve 20 enceintes Meyer. Deux UPM à l’orchestre et 16 MM4 sur les différents balcons. Le son qui alimente ces systèmes est stéréo, les enceintes sont regroupées entre elles à gauche et à droite. L’utilité de ce système et de pouvoir diffuser du son dans le dos du public, soit pour le surprendre avec un effet, soit pour l’envelopper dans le champ sonore. On comprend bien entendu que se préoccuper de sa mise en phase avec les autres systèmes serait vain et n’a de toutes façons aucun intérêt.

Un article d'

Eric Moutot

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