La curiosité technique au service de la création musicale
Éric Serra crée de la musique depuis la fin des années 1970. On lui doit des univers sonores uniques qui ont marqué les imaginaires de générations de spectateurs. Pour les films de Besson, comme Le Grand Bleu, mais aussi avec James Bond pour GoldenEye ou avec le Cirque du Soleil, ainsi que sur ses albums personnels, il a toujours été à l’avant-garde des techniques du son. Rendez-vous dans son studio pour un échange passionné.
C’est en 1979 qu’Éric Serra rencontre Luc Besson. Cela débouchera sur la création de la musique du court métrage L’Avant-Dernier. En 1983 sortira Le Dernier Combat, premier long métrage de Besson, dont Éric signe également la B.O. C’est le début d’une complicité artistique qui dure jusqu’à aujourd’hui. La musique des films de Besson a toujours participé à leur identité.
Pour Le Dernier Combat, les enregistrements de la B.O. ont eu lieu au studio du Palais des Congrès. À partir de Subway en 1985, c’est le studio Ramses qui a accueilli la production musicale, jusqu’à la réalisation du Grand Bleu en 1988.

SONO Mag : À quel point Le Grand Bleu a-t-il marqué votre carrière ?
Éric Serra : Le succès du film m’a permis de monter mon premier studio, dans le quartier de Montmartre à Paris, et avec les conseils de l’acousticien Christian Malcurt. J’ai choisi une console analogique 64 tranches, un magnétophone à bande analogique 24 pistes MTR 90 et un 32 pistes numériques DTR 900, tous deux de marque Otari.
J’ai aussi toujours beaucoup travaillé en Midi, dès les premières versions de séquenceurs, avant que les Macs ne soient disponibles. C’est une époque où il fallait une réelle fibre informatique pour parvenir à se dépatouiller dans la programmation. Mais la programmation, j’adore cela. Les ordinateurs étaient mes jouets de science-fiction. Je me souviens de l’interface Roland MPU-401, qui fournissait une sortie horloge et huit pistes Midi, mais toutes sur le même canaI. De plus, la mémoire était très limitée. C’était très expérimental, mais en même temps une révolution pour l’époque. On jouait une partie musicale, et l’ordi la rejouait ensuite. J’ai réalisé toutes les maquettes de Subway avec cet outil.
J’ai ensuite découvert le séquenceur Performer et les ordinateurs Apple. C’était autre chose, avec un nombre de pistes illimité, une multitude de canaux Midi… Les magnétophones à bande continuaient à être utilisés pour l’audio, synchronisés avec le séquenceur Midi. J’ai entièrement réalisé Le Grand Bleu avec Performer 2.
Quand il est sorti, j’ai adopté Digital Performer, qui au Midi ajoutait l’audio numérique. Le ProTools n’était pas accessible financièrement en ces temps-là. Il ne sera ajouté à mon setup que dans les derniers temps du studio des Abbesses. ProTools s’est révélé nettement plus performant en termes d’ergonomie audio, mais pour le Midi, on sentait que ça ne les intéressait pas plus que cela. J’ai donc gardé la cohabitation ProTools/Performer pour disposer du meilleur des deux mondes. Mais cela supposait des exports et imports un peu laborieux entre les applications. J’ai fini par basculer tout sur ProTools, même si je n’y retrouve pas une ergonomie Midi idéale.
L’abandon total des bandes se fera lors du déménagement en 2002 à Issy-les-Moulineaux. J’ai fait implanter l’actuel studio dans le sous-sol de ma maison familiale, avec dans un premier temps une diffusion en stéréo et une console Sony DMX-R100, puis en 5.1 autour de l’actuelle console Euphonix System 5, ensuite en 7.1 et désormais en Atmos 9.1.4.








