Richard III et ses machines asservies

Richard III et ses machines asservies

Richard III et ses machines asservies

avril 2016 | Reportage Lumière & Vidéo

Les lumières glaçantes d’un royaume sous contrôle

La mise en scène de Thomas Jolly défrise les critiques de théâtre mais séduit le public. Pour des raisons identiques : son côté « opéra-rock » ou « punk » déplaît au conventionnalisme des uns tandis qu’il suscite le plaisir jubilatoire des autres. L’utilisation ludique et outrancière des projecteurs asservis y est aussi pour beaucoup. Pourtant, au-delà des questions de goût et d’affinité, les lumières de ce superbe Richard III sont absolument exemplaires. Élaborées selon une dramaturgie aussi solide que pertinente, elles remettent en question tous les préjugés que nourrit le théâtre à l’encontre des machines automatiques et d’une esthétique du mouvement trop exclusivement associée au showbiz et à la scène musicale.

Thomas Jolly n’en est pas à son coup d’essai. Sa compagnie rouennaise, La Piccola Familia, existe depuis maintenant dix ans et compte une jolie série de spectacles à son actif. Mais il s’est surtout fait remarqué par sa mise en scène époustouflante de la trilogie Henry VI de William Shakespeare – créée en plusieurs temps entre 2012 et 2014 – dont l’intégrale a été présentée pour la première fois dans l’édition 2014 du Festival d’Avignon. Une représentation-fleuve de 18 heures qui a enthousiasmé les spectateurs et lui a valu le Molière 2015 du meilleur metteur en scène d’un spectacle de théâtre public. Le traitement de la lumière y était déjà assez singulier : souvent posées sur le plateau, les sources étaient disposées à vue et les projecteurs traditionnels côtoyaient ostensiblement les automatiques et les rampes à LEDs. Avec Richard III – créé au TNB de Rennes en 2015 – Thomas Jolly complète son cycle Shakespearien puisque la pièce n’est rien d’autre que la suite de la trilogie et qu’elle parachève sous forme d’apothéose le tableau historique d’un XVe siècle anglais ravagé par les luttes de pouvoir et les guerres intestines. La manipulation est sans nul doute le maître-mot des ces intrigues destructrices qui marquent la fin d’un monde et l’entrée dans la modernité.

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